Nous avons le plaisir de vous présenter les études suivantes, présentées fin août lors du congrès de l'ESVD-ECVD à Lille. Le point fort de ces présentations est le poster intitulé « Performances analytiques de trois tests sérologiques de dépistage des allergènes canins évaluées à l’aide de sérums artificiels contenant des anticorps monoclonaux IgE canins spécifiques à des allergènes prédéfinis», qui compare de manière systématique les performances analytiques de trois tests sérologiques de dépistage des allergènes chez le chien. Par ailleurs, trois autres présentations ont été faites dans le cadre du programme « Cutting Edge » le jeudi 27 août, venant ainsi étayer les conclusions relatives au diagnostic des IgE spécifiques aux allergènes.
L’affiche : validation analytique de trois tests sérologiques d’allergènes
Cette affiche a été rédigée par Freja Krogh et Lene Boysen (Vetgruppen Birkerød Dyrehospital, Danemark), grâce au financement de Nextmune AB, de l’Association danoise de dermatologie vétérinaire et de Vetgruppen Birkerød Dyrehospital. L’étude aborde un problème méthodologique inhérent à la recherche comparative sur les tests sérologiques d’allergènes (SAT) : comme la composition en IgE des chiens naturellement sensibilisés n’est pas connue, les résultats divergents entre laboratoires ne peuvent pas être attribués avec certitude à une véritable variation biologique plutôt qu’à un artefact analytique lié à la méthode de test utilisée.
Pour résoudre ce problème, les auteurs ont eu recours à un protocole expérimental contrôlé. Des sérums artificiels (sérum fœtal bovin appauvri en IgE) ont été enrichis en anticorps IgE canins monoclonaux spécifiques à trois allergènes définis, générés en laboratoire : Phl p 5 (Phleum pratense, fléole des prés), Der f 2 (Dermatophagoides farinae) et Pla a 3 (Platanus). Onze sérums présentant une composition en IgE prédéfinie ont été préparés, dont un témoin négatif constitué d’IgG-B (IgG1) canines spécifiques de Der f 2, afin de vérifier si les dosages détectaient par erreur des IgG. Les échantillons ont été codés, mis en aveugle et randomisés, puis soumis par un investigateur externe indépendant à trois laboratoires européens, utilisant chacun une méthodologie de test différente : PAX (Nextmune AB, Suède ; macroarray multiplex d’allergologie moléculaire), MAC (IDEXX Laboratories, Hoofddorp ; ELISA à cocktail d’anticorps monoclonaux) et Allercept (LABOKLIN, Bad Kissingen ; ELISA basé sur le récepteur Fcε). Les résultats ont été interprétés selon les seuils fixés par les fabricants et comparés à la composition en IgE prédéfinie à l’aide de la sensibilité, de la spécificité, du pourcentage de concordance, du coefficient kappa de Cohen et du coefficient de variation (CV %).

Résultats
Les trois tests présentaient des différences significatives quant à leur capacité à reproduire correctement les profils d’IgE prédéfinis. Le test PAX a correctement classé les 11 sérums (sensibilité de 100 %, spécificité de 100 %, κ = 1,0 ; concordance totale). Le test MAC a correctement classé 3 des 11 échantillons, avec une sensibilité de 33 %, une spécificité de 100 % et une concordance modérée (κ = 0,353). Allercept a correctement classé 2 des 11 échantillons et a présenté à la fois des réactions faussement négatives et faussement positives, ce qui s’est traduit par une sensibilité de 70 %, une spécificité de 42 % et une concordance faible (κ = 0,113). Le contrôle négatif a été correctement identifié comme négatif tant par PAX que par MAC, tandis que les réactions positives au contrôle négatif ont contribué à la spécificité plus faible d’Allercept.
La reproductibilité intra-essai a été évaluée quantitativement à l’aide de quatre mélanges de sérum présentant des concentrations identiques et faibles d’IgE spécifiques dirigées contre le même allergène. Le PAX a présenté un faible coefficient de variation (1,8 à 7,4 %), tandis que le MAC et l’Allercept ont tous deux affiché une variation significativement plus élevée (respectivement 144,2 % et 200 %), ce qui indique une faible reproductibilité à de faibles concentrations d’IgE.

Interprétation et pertinence clinique
Les auteurs concluent que les méthodes SAT ne sont pas interchangeables sur le plan analytique. Des résultats faussement négatifs peuvent conduire à l’omission erronée d’allergènes pertinents dans l’immunothérapie spécifique aux allergènes (ASIT), tandis que des résultats faussement positifs peuvent entraîner l’inclusion injustifiée d’allergènes non pertinents. Les performances supérieures du test basé sur l’allergologie moléculaire (PAX) sont attribuées à l’utilisation de composants allergéniques définis, contrairement aux extraits d’allergènes bruts, pour lesquels la variation de composition et les faibles concentrations en composants pertinents contribuent probablement à la sensibilité réduite des dosages basés sur des extraits (MAC et Allercept).
L’un des principaux atouts de cette étude réside dans l’utilisation de sérums présentant une composition en IgE monoclonales prédéfinie, ce qui permet une évaluation directe de la précision, impossible à réaliser avec du sérum canin sensibilisé naturellement. La soumission des échantillons codés, en aveugle et randomisée minimise le risque de biais d’interprétation. Les auteurs soulignent comme limite le fait que les sérums artificiels ne reflètent peut-être pas pleinement la complexité biologique des sérums canins sensibilisés naturellement, et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer comment ces résultats se traduisent dans la pratique clinique. Pour consulter l'affiche (en anglais), cliquez ici.
Autres présentations lors du congrès
Au cours du programme « Cutting Edge » du jeudi 27 août, trois autres communications libres ont été présentées, également basées sur des ensembles de données PAX à grande échelle :
Olivry et Mas-Fontao ont analysé les réponses IgE spécifiques aux allergènes du venin d’abeille (Api m) et de guêpe (Ves v) chez 34 151 chiens, 5 810 chats et 4 612 chevaux testés avec le PAX à travers l’Europe en 2025. Les tests à résolution des composants ont révélé une discordance importante par rapport aux résultats obtenus avec les extraits : 40 à 59 % des animaux positifs pour un composant du venin d’abeille se sont révélés négatifs pour l’extrait d’origine, et ce chiffre s’élevait à 63 à 75 % pour le venin de guêpe. Ces résultats plaident en faveur de l’intégration systématique des diagnostics par composants dans la pratique clinique, parallèlement à la mise en évidence d’un regroupement géographique des profils de sensibilisation à travers l’Europe.
Börjesson, Streets et Olivry ont étudié la variabilité saisonnière des IgE spécifiques au pollen et aux acariens chez les chiens scandinaves (n = 5 014 résultats PAX, mars 2023 – février 2024). La séropositivité au pollen d’arbres et de mauvaises herbes a atteint son pic au printemps et en été, tandis que celle aux acariens de la poussière domestique était significativement plus élevée en automne et en hiver, avec une tendance inverse pour les acariens des denrées. Les auteurs concluent que le moment du prélèvement sérologique est déterminant pour l’interprétation des résultats des tests. Cette étude a été publiée en libre accès (doi.org/10.3390/vetsci13060522).
Olivry et Mas-Fontao ont caractérisé les profils de sensibilisation spécifiques à chaque espèce pour les acariens de la poussière domestique (Dermatophagoides farinae et D. pteronyssinus) chez les chiens, les chats et les chevaux. Des différences distinctes au niveau moléculaire ont été identifiées : les chats présentaient une séropositivité plus élevée vis-à-vis de Der f 1, les chiens vis-à-vis de Der f/p 2 et Der p 11, et les chevaux vis-à-vis de Der p 5, 7, 10, 21, 23 et Der f 15. La dynamique saisonnière variait également selon les espèces, avec un pic en été chez les chiens et en automne chez les chevaux, tandis que les chats présentaient la variation saisonnière la plus faible.
Conclusion
Dans leur ensemble, les quatre études présentées lors de ce congrès soulignent l’importance des choix méthodologiques dans le diagnostic des IgE spécifiques aux allergènes : de la fiabilité analytique de la méthode de test elle-même à la valeur ajoutée des diagnostics par composants, en passant par l’effet du moment du prélèvement sur les résultats des tests. L’affiche de Krogh et Boysen en apporte la preuve la plus directe, puisqu’elle est la première à quantifier la précision analytique de trois méthodes SAT à l’aide de sérums dont la composition en IgE est connue, et non supposée.